POLITIQUE Comment le parti de Marine Le Pen avance ses...

Comment le parti de Marine Le Pen avance ses pions dans la police

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L’officialisation de sa prise de fonction a été aussi discrète que ses années passées dans l’orbite du Front national (FN), aujourd’hui Rassemblement national (RN). En avril, à la faveur de son inscription sur le réseau social Twitter, Patrick Yvars, ancien haut fonctionnaire de police, a rendu public son ­engagement au sein du parti d’extrême droite en tant que délégué départemental adjoint du RN des Hauts-de-Seine. L’annonce est ­survenue au lendemain de son départ en retraite et s’est faite « de façon très naturelle », commente-t-il. Car avant de sortir du bois, le gradé, alors commissaire divisionnaire du 3e DPJ à Paris, comptait parmi les discrets participants aux CAP, les comités d’action programmatique mis en place pour construire le projet de Marine Le Pen en vue de la présidentielle de 2017.

À plusieurs reprises, tout au long du mois de juin, cette proximité entre certains membres des forces de l’ordre et le RN a pu être constatée dans la rue pendant le mouvement de contestation policière contre le « lâchage » de l’ex-ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, qui avait proposé d’interdire les clés d’étranglement et de suspendre les agents en cas de « soupçons avérés » de racisme. Le 11 juin, à Bordeaux, la déléguée régionale du RN Gironde, Edwige Diaz, était chaleureusement accueillie lors d’un dépôt de menottes devant un commissariat de la ville : « Ma…

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Article précédentLes phases de prolifération des discours complotistes correspondent à des périodes de crises sociopolitiques. Cet imaginaire du méga-complot ressurgit ensuite massivement au tournant du XXe siècle, où il va s’articuler à une dimension antisémite, en lien avec la fixation d’un imaginaire raciologique dans l’ensemble de l’Europe. Au cours du XIXe siècle, la «race» est en effet devenue un instrument de classification, qui mènera, comme on le sait, au développement d’une pluralité d’idéologies racistes. Dans ce contexte, deux éléments caractéristiques du discours antisémite facilitent sa superposition avec l’imaginaire post-révolutionnaire complotiste mêlant Illuminés et francs-maçons: l’association des personnes de confession juive à l’appât du gain (et donc du pouvoir) ainsi qu’au cosmopolitisme, en pleine période d’affirmation des États-nations. À LIRE AUSSI Les Illuminati sont nés d’une vaste (mauvaise) blague Réactivation des grands discours complotistes Nul hasard que les figures d’individus comploteurs, qui se multiplient dans les discours et la fiction, fassent alors se rencontrer les imaginaires du «complot maçonnique» et du «complot juif» international. On retrouve cette association dans le faux plan de conquête du monde Les Protocoles des Sages de Sion rédigé en russe à Paris au tout début du XXᵉ siècle. L’entre-deux-guerres, et les périodes suivantes, prolongeront et accentueront cette dynamique de superposition en associant le franc-maçon, les juifs et les juives au communiste, puis à partir de la guerre froide à l’extra-terrestre, à l’islam ou encore aux élites mondiales. Si l’essor d’internet a ouvert une nouvelle «ère du complotisme», celle-ci est également une phase de réactivation de la plupart des grands discours de ce genre qui l’ont précédée. À LIRE AUSSI Que répondre à quelqu’un qui vous envoie une vidéo complotiste sur le Covid-19? C’est ce que montrent de manière exemplaire les discours complotistes autour du Covid-19, dont la portée antisémite a fait l’objet d’une plainte du bureau national de vigilance contre l’antisémitisme le 24 mars 2020. Des messages de haine contre des personnalités identifiées comme juives par des internautes ont en effet été diffusés. Or, on relève au sein de cet ensemble complotiste des superpositions et associations caractéristiques des périodes de crises précédentes: outre les personnes juives, on note que les francs-maçons, les élites économiques et politiques, les organisations internationales –l’Organisation mondiale de la santé par exemple– sont régulièrement convoqués et reliés les uns aux autres pour produire le récit d’une domination tentaculaire et masquée. Il s’agit là d’une manifestation exacerbée de ce qui constitue l’essence même de la fiction: le déploiement d’une cohérence imaginaire, rassemblant des références éparpillées à une réalité sociopolitique. Ce processus concerne l’ensemble des réthoriques complotistes, qui ne s’inscrivent cependant pas tous dans une même accusation insensée. Fiction diabolisante vs fiction critique S’il est essentiel de combattre les attaques construisant des figures de boucs émissaires, il ne faut pas pour autant tomber dans le piège du rejet méprisant de tout discours complotiste. Il n’est pas seulement «l’opium des imbéciles»: dans certaines conditions, il peut rendre compte d’une pensée critique visant notamment les pouvoirs et institutions en place. Encore faut-il avoir les bons outils pour distinguer ce qui relève de la controverse et ce qui se réduit à la stigmatisation nauséabonde et infondée de certaines catégories de population. Pour ce faire, les études littéraires renferment des ressources intéressantes. Les discours complotistes ne sont pas seulement «l’opium des imbéciles». Un premier appui nous est fourni par la sociocritique, qui consiste à analyser l’articulation des formes d’écriture et des représentations sociales. Dans ses travaux consacrés à la représentation des la population juive au tournant du XXᵉ siècle, Marc Angenot a montré comment se constituait l’imaginaire antisémite du méga-complot: outre la présence effrayante et méprisante de certains traits physiques et psychologiques attribués aux juifs et aux juives, il note la récurrence d’une vision délétère de l’évolution de la société. C’est l’expression conjuguée d’une frayeur, d’un mépris, d’un pessimisme et d’une tendance aux explications et jugements univoques qui définit une fiction complotiste diabolisante, dont les exemples antisémites actuels offrent une illustration. Une deuxième piste serait d’appliquer la distinction entre roman à thèse et engagement littéraire aux discours complotistes auxquels nous sommes confrontés. On peut en effet considérer que le roman à thèse, dont la visée principale est la défense d’une doctrine, constitue un sous-ensemble de l’engagement littéraire. L’engagement littéraire consiste lui, plus largement, en la dénonciation d’un inacceptable, dans une perspective plus ou moins constructive. Tout comme l’engagement littéraire ne se limite pas à la défense d’une doctrine, les discours complotistes ne consistent pas tous à diaboliser telle ou telle cible. Teneur critique des fabulations Certains intègrent par ailleurs des procédés rhétoriques et stylistiques rappelant ceux d’une écriture fictionnelle engagée –comme l’est la célèbre œuvre dystopique de Margaret Atwood, La Servante écarlate (The Handmaid’s Tale, 1985). Ce roman, exemple typique de fiction engagée, développe une critique féministe et écologiste, à travers la description d’une théocratie totalitaire asservissant les femmes. Il y a quelques mois, le site Opinion internationale résumait avec ironie la teneur de quelques prétendus complots liés à la pandémie, avant de procéder à un utile rappel des faits: la visée principale de l’article, railler les dérives du complotisme, est sans ambiguïté. Certains intègrent des procédés littéraires rappelant ceux d’une écriture fictionnelle engagée. Il n’empêche que les fabulations exposées possèdent aussi une teneur critique. De fait, la lecture complotiste de l’absence de confinement systématique aux États-Unis, ou de dépistage massif en France au début de l’épidémie, révèle que ces choix gouvernementaux interrogent certains citoyen·es car ils s’avèrent extrêmement problématiques. L’énormité de la fabulation complotiste signale en l’occurrence la gravité des problèmes énumérés, sans pour autant se conjuguer à un processus de diabolisation. À LIRE AUSSI Trump et ses proches diffusent des théories du complot sur le coronavirus Par les temps qui courent, une telle distinction entre diabolisation et critique pourrait nous aider à faire la part des choses entre un imaginaire paranoïaque nauséabond et l’esquisse d’une pensée critique qui, pour fantaisiste qu’elle puisse paraître, ne se réduit pas à un discours délirant.
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