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Crise sanitaire au Maroc : Guide touristique, un métier en péril

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Face aux impacts économiques et sociaux de la pandémie du nouveau coronavirus, nombreux sont les opérateurs touristiques à souffrir en silence. Parmi eux, les guides restent les grands oubliés d’un secteur.

Ils sont le visage humain d’un secteur touristique, qui compte d’abord sur les clients étrangers, et nos concitoyens curieux de découvrir leur propre pays. Pourtant, ils sont éclipsés des mesures proposées pour redresser une activité qui représente un pillier de l’économie nationale. Ce sont les guides touristiques, en arrêt de travail complet depuis mars dernier.

Ville touristique par excellence, Marrakech et ses guides subissent cette crise de plein fouet. Exerçant dans la cité ocre depuis 2007, Mostafa Farsi explique à Yabiladi cette situation d’autant plus dramatique que rares sont les guides inscrits à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) ou affiliés au RAMED. Par conséquent, «ils sont très peu à avoir reçu l’aide de l’Etat», dans le cadre de la gestion des conséquences économiques de la pandémie du nouveau coronavirus. «Je n’ai reçu aucun soutien, ni matériel ni moral», regrette-t-il.

Pourtant, Mostafa a compté comme il a pu sur ses économies, quoique limitées. «Je n’ai pu en vivre qu’un mois. Après, j’ai commencé à emprunter à mes proches pour subvenir aux besoins de ma petite famille», confie avec amertume ce père, qui dit ne plus avoir été en mesure de payer les frais de scolarité de sa fille.

«Nous n’avons même plus de quoi nous acheter une corde pour mettre fin à nos vies.»

Mostafa Farsi

Mostafa n’est d’ailleurs pas le seul à être rongé de désespoir. Son collègue Abdellah Ben Chouai, vivant aussi à Marrakech, regrette que la démarche du ministère de tutelle donne de faux espoirs aux opérateurs du secteur.

«Au début de la crise sanitaire, le ministère a rencontré les représentants des guides touristiques à l’échelle nationale, avec l’engagement de nous faire bénéficier d’une couverture sociale, à l’image des personnes exerçant dans les professions libérales, mais tout ceci n’est resté que paroles», regrette-t-il.

Face à cette situation, Abdellah souligne que les guides se sont constitués en coordination professionnelle pour venir en aide aux collègues les plus nécessiteux. Mais puisqu’ils sont tous touchés par une crise qui dure depuis au moins cinq mois, ils ont tous fini par être confrontés aux mêmes difficultés, ce qui a rapidement eu raison de cette initiative solidaire.

Un statut social en déphasage avec la réglementation du métier

Au Maroc, être guide touristique obéit à des exigences légales strictes. Mais sur le volet social, «ces professionnels ne peuvent bénéficier d’une affiliation à la CNSS, s’ils travaillent indépendamment d’une structure légalement mise en place», selon Hassan Janah, président de la Fédération nationale des guides.

Cette situation met près de 4 000 personnes dans un entre-deux, faisant qu’ils exercent un métier réglementé par la loi, mais sans aucune couverture médicale. «C’est pour cela qu’ils n’ont pu bénéficier d’aucune aide, dans le cadre du Fond de gestion de la crise sanitaire», explique à Yabiladi le représentant.

«L’option que nous avons proposée à l’exécutif, avant même la crise sanitaire, c’est de porter notre dossier social auprès du Chef du gouvernement, pour permettre à ces personnes au moins de se déclarer comme auto-entrepreneurs et bénéficier ainsi d’une sécurité sociale. L’examen de notre statut est resté en stand-by, au vu de l’urgence sanitaire. Nous avons été mis à la marge plus que toutes les professions régies par la loi.»

Hassan Janah

Et pourtant, la situation économique et sociale de ces 4 000 professionnels est aussi urgente que celle des travailleurs des autres secteurs impactés par la crise. «Dans le scénario le plus optimiste, la situation des guides ne pourrait s’améliorer petit à petit qu’à partir de mars 2021, voire bien plus tard», redoute d’ailleurs Hassan Janah. Selon lui, «le secteur touristique ne pourra revenir à la situation de 2019, que dans trois ou quatre ans au minimum», d’où l’urgence de sortir les guides de la pauvreté.

«En tant que professionnels du secteur, nous sommes bien conscients que la reprise ne pourra se faire que sur un temps long et douloureusement pour plusieurs familles qui vivent du tourisme, reconnaît Hassan Janah, mais le gouvernement doit en être conscient aussi, ce qui ne semble pas être le cas puisque nous n’avons, à ce stade, aucune action concrète.»

Membre de l’Association marocaine des experts et scientifiques du tourisme, Samir Berhil, qui exerce au Maroc depuis 1999, en France et dans d’autres pays, alerte pour sa part qu’«on étouffe 4 000 personnes, dont chacune fait vivre famille». Il alerte sur une situation catastrophique puisque «certains collègues commencent à vendre leurs biens et à mendier près des boulangeries», et craint «des passages au suicide, dans un pays où la question reste taboue».

L’amertume est grande chez Samir Berhil : «C’est un métier qui nous a fait vivre dignement pendant plus de 20 ans, mes enfants et moi. Ce métier est en train de mourir et si la crise perdure jusqu’à la fin de l’année, les guides seront irrécupérables car reconvertis ailleurs, fragilisant encore plus un secteur qui aura perdu l’un des maillons importants de sa chaîne».

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