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Fluker la baleine sans queue, symbole du destin des cétacés de Méditerranée

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En Méditerranée, Fluker, une baleine amputée de sa queue, agonise depuis un an. Le World WIld Fund (WWF) a attiré l’attention vendredi 24 juillet sur l’impact des activités humaines sur les animaux marins. Fluker devient le symbole tristement connu de la situation de nombreux cétacés.

« Fluker est l’ambassadeur des baleines de méditerranée et du sort qui leur est réservé ». C’est le triste constat que dresse Alexis Rosenfeld, photoreporter sous-marin qui a pu photographier début juillet le rorqual commun en fin de vie. « Elle avait la peau sur les os et était couverte de parasites qui ont profité de son état de faiblesse. Elle nageait difficilement et respirait environ une fois par minute », raconte-t-il.

Fluker est connu depuis des années par les scientifiques en Méditerranée. Il a souvent été aperçu dans le sanctuaire marin de Pelagos, une zone protégée entre l’Italie, la France et Monaco où vivent environ 1 300 rorquals communs, selon WWF. L’animal était depuis longtemps particulièrement reconnaissable à sa nageoire caudale (« fluke » en anglais) à demi amputée. « Fluker est connue de nos amis Italiens depuis 1996. Elle a eu sa nageoire caudale à moitié amputée à cause d’une collision avec un navire. Au WWF, on l’a rencontrée en 2006. Cette année on l’a croisée deux fois, d’abord au large de Porquerolles puis à l’entrée de la rade de Toulon. C’est une baleine qui a une histoire singulière. De nombreux animaux gardent des cicatrices de leurs rencontres avec l’homme, mais un rorqual commun avec une nageoire caudale complètement amputée, c’est rarissime », explique Denis Ody, responsable du programme « Cap cétacés » du WWF France.

Fluker a perdu la dernière moitié de nageoire caudale qu’il lui restait il y a un an. « Les vétérinaires pensent que c’est un câble ou un filet abandonné qui s’est enroulé autour de sa nageoire et a fait comme un garrot », explique Denis Ody. « Quand on a découvert qu’elle avait perdu l’autre moitié de sa nageoire, en août dernier, on était persuadés qu’elle allait mourir dans les semaines à venir. On a été très surpris de la revoir cette année. Mais depuis un an, elle vit sur ses réserves parce qu’elle ne peut pas se nourrir », détaille-t-il. Le rorqual commun, deuxième plus gros animal au monde après la baleine bleue, utilise sa queue pour se propulser et se nourrit notamment de krill (petites crevettes) en filtrant l’eau quand il nage.

Des solutions déjà connues

Les deux principales causes de blessures mortelles pour les cétacés sont les collisions avec les bateaux et les engins de pêche (filets) abandonnés ou perdus qui s’enroulent autour des nageoires. « Le sanctuaire Pelagos est très riche en cétacés mais c’est aussi une zone avec beaucoup de trafic maritime : transport de marchandises, ferry vers la Sardaigne, la Corse, l’Italie et la France, passages de plaisanciers… Et ce trafic augmente chaque année de 4%, ça va devenir impossible de cohabiter avec les animaux », alerte Denis Ody. La solution : fixer une limite de vitesse à 10 nœuds (un peu moins de 20 km/h) pour les bateaux qui croisent dans cette zone. Dix à quarante rorquals communs sont tués chaque année par collision dans le sanctuaire Pelagos, selon WWF. Mais pour pouvoir abaisser les limitations de vitesse, réduire le trafic ou encore mettre en place des systèmes anti collision, un cadre juridique est nécessaire. « Il faut que le sanctuaire Pelagos devienne une zone maritime particulièrement vulnérable, pour imposer des règles à tous les navires qui y passent.  C’est ce vers quoi on tend avec le gouvernement français et Italien en ce moment », expose Denis Ody.

« On préconise aussi le développement de systèmes anticollision, qui permettent de détecter les animaux et de renseigner les navires sur la position des cétacés pour qu’ils puissent les éviter », ajoute le responsable du programme « Cap cétacés ». Le WWF, Andromède océanographie et Quiet-Oceans travaillent actuellement au développement d’un nouveau système anticollision.

Et pour éviter que les filets de pêche abandonnés (appelés « filets fantômes ») ne s’enroulent autour des nageoires des animaux marins, plusieurs solutions sont envisageables : faire des filets dans une matière biodégradable, organiser la récupération et le recyclage des filets usagés ou encore marquer les filets pour qu’on puisse les localiser quand ils sont perdus.

Agir sur la pollution marine est une urgence : « On a analysé des biopsies de cétacés (des cylindres de gras prélevés dans des animaux vivants). Chez 100% d’entre eux, on a trouvé du plastique, alors que ce sont des animaux qui vivent au large. C’est une contamination qui a un impact sur les fœtus et reproduction » prévient Denis Ody.

« Mon métier d’origine, c’est de photographier le beau, sous l’eau. Ça a toujours été ça mon objectif. Mais depuis quelques années, je photographie des coraux en péril et j’alerte sur les poissons invasifs qui détruisent les écosystèmes. C’est dramatique », soupire Alexis Rosenfeld. Une tristesse partagée par Denis Ody : « Approcher ces animaux, c’est une émotion toujours renouvelée. Ce sont des êtres majestueux, par la taille, l’élégance. Quand on plus on a un attachement parce que c’est un animal qu’on connaît, le voir comme ça, c’est à chialer ». Les deux hommes se disent en colère face à l’action humaine. « Surtout qu’on connaît déjà les solutions ! » s’agace Alexis Rosenfeld.

« Ce destin tragique résume bien tout ce à quoi on expose nos colocataires de la planète Terre », conclut Denis Ody. Il reste peut-être un moyen de se consoler du sort de Fluker : « Quand les grands cétacés meurent, ils s’échouent à près de 1 000 mètres de profondeur et créent une oasis de vie qui peut durer plus d’un siècle », raconte Denis Ody.

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