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Paris : Fleurs sur la ville avec la ferme horticole de Belleville

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  • Lancée dans le cadre d’un appel à projets de la mairie de Paris, l’initiative Plein Air a mis en place une ferme horticole au sommet de Belleville.
  • Masami Charlotte Lavault y cultive une dizaine de milliers de fleurs selon les principes de la biodynamie.
  • SI l’aventure s’avère enrichissante, elle requiert un investissement et un travail formidables.

On a retrouvé le Jardin d’Eden ! Indiana Jones n’a qu’à bien se tenir, 20 Minutes vient en effet de mettre fin à des milliers d’années de questionnements archéologico-théologiques. Le paradis perdu se trouve donc en réalité sur la butte de Belleville, derrière une porte, tout au fond du cimetière du même nom. Pour vous, cela n’est que pure fabulation ? Que nenni !

Car derrière, cette porte se trouve un vaste champ de fleurs. Il s’agit de l’initiative horticole Plein Air, portée par Masami Charlotte Lavault. Elle a vu le jour en 2016 grâce à l’appel à projets Parisculteurs de la ville de Paris « pour favoriser le développement de l’agriculture urbaine et la végétalisation des toits et des murs ». « Je travaille vraiment ici depuis 2017, explique la jeune femme de 33 ans. Avec ce projet, j’ai un bail de 10 ans, renouvelable une fois ». Ce qui laisse du temps pour voir venir.

Voyage dans le monde agricole

Sur ce terrain de 1.200 m² situé derrière le réservoir d’eau de Belleville, Masami Charlotte Lavault cultive environ 250 variétés de fleurs. « Je les choisis en fonction de mes goûts mais aussi des critères économiques, détaille-t-elle. Par exemple, j’aime beaucoup les coquelicots qui sont tellement jolis, mais ce sont des fleurs d’un jour. »

Des coquelicots dans le champ de Belleville.
Des coquelicots dans le champ de Belleville. – G. Novello

Si elle n’est pas certifiée, la micro-ferme travaille selon les principes de la biodynamie, où tout est fait à la main, dans le respect des cycles naturels. Mais avant de se lancer dans l’horticulture Masami Charlotte Lavault a fait tout autre chose. Il y a 7 ans, elle était designeuse industrielle à Londres. Sauf qu’elle en a eu « marre de travailler enfermée ». « Je me suis alors tournée vers l’agriculture, raconte-t-elle, je me suis formée au Maroc, dans des fermes biodynamiques, au Pays de Galles, au Japon où j’ai travaillé dans une ferme pilote d’un centre de recherche agronomique, spécialisée dans la culture de bactéries et micro-organismes. »

Labour et limaces

De ces pérégrinations agricoles, la jeune femme assure « avoir appris plein de techniques » et compris « comment on obtient des équilibres ». Ces préceptes, elle les appliquent dans son champ. Ainsi elle refuse de labourer la terre, afin de protéger les micro-organismes des couches profondes du sol. De même les engrais et pesticides ne sont pas les bienvenus. Ce respect des cycles naturels se fait pour le meilleur (conservation des sols, non-pollution) mais parfois pour le pire. « J’ai eu une attaque de limaces qui sont venues quand il a plu début mai après une période de chaud, témoigne Masami Charlotte Lavault. J’ai perdu environ 50 % de mes plantes. »

A Plein-Air, tout se fait à la main.
A Plein-Air, tout se fait à la main. – G. Novello

Un coup dur pour la petite exploitation qui vend des fleurs tant à des fleuristes qu’à des particuliers. « Le projet n’est pas encore auto-portant », confie l’horticultrice, qui estime à sept ans la durée nécessaire pour viabiliser le projet. En attendant, Masami Charlotte Lavault cumule un travail de traductrice et se rend une journée par semaine dans le Perche pour travailler dans une ferme. Ce qui l’amène à effectuer de colossales semaines de travail qui peuvent atteindre les 80h. Et n’allez pas croire qu’elle ne bosse que le printemps et l’été. « Toutes les saisons sont intenses, explique-t-elle. Par exemple, en hiver, il faut s’assurer que rien ne va geler. » Sans compter le côté gestion, propre à toute entreprise.

Le vert n’est pas toujours rose

« Il y a une idée romantique et un peu sexiste comme quoi c’est sympa de cultiver des fleurs, mais il faut savoir que c’est un immense sacrifice de temps », constate-t-elle. « La charge mentale est très forte, ajoute l’horticultrice, et la responsabilité des 10.000 plants est lourde. » C’est pourquoi ses deux jobs d’appoint lui permettent aussi d’alléger la pression. Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier en somme.

« Tous les jours, je reçois deux ou trois messages de gens qui veulent se reconvertir dans l’agriculture, affirme Masami Charlotte Lavault. Tout le monde veut changer de travail ! » Mais « tout le monde n’est pas fait pour ça », met-elle en garde. « Le salariat, c’est la bonne planque ! » Mais elle ne regrette pas ses choix. « C’est hyper satisfaisant comme travail. Et ça booste l’ego de faire du concret. »

Importation et pollution

Ancienne maquettiste de la fonction publique, Héloïse, 45 ans, est ce matin chargée d’arroser les petites pousses. « Je suis en stage de trois semaines ici et je vais bientôt finir », raconte celle qui a décidé de tout changer en s’inscrivant à l’école du Breuil, dans le 12e arrondissement. « J’habite dans le Val-de-Marne et j’aimerais y ouvrir un jardin pédagogique, d’ailleurs mon prochain stage sera au sein de l’association Veni Verdi qui installe des jardins dans les collèges. »

Dans une serre, les pousses grandissent à l'abri des éléments.
Dans une serre, les pousses grandissent à l’abri des éléments. – G. Novello

Pour son futur, Masami Charlotte Lavault souhaite parvenir à l’équilibre financier du champ et d’un point de vue plus personnel, réussir à « adoucir le rythme ». Elle s’inquiète aussi d’une « profession sinistrée », ravagée par la concurrence des pays de la ceinture tropicale. « 85 à 90 % des fleurs dans le commerce sont importées et il n’y a pas de possibilité de le savoir puisqu’il n’y a pas de traçabilité dénonce-t-elle. Et en général, les fleurs sont produites dans des conditions de travail hyper difficiles, souvent par des femmes, et avec zéro limitation au niveau de l’utilisation des intrants. Ça pollue les sols et les biotopes sont complètement détruits. » Et face à ça, elle préfère encore les limaces.

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