SANTÉ Non, il n'y aura pas de baby-boum post-confinement

Non, il n’y aura pas de baby-boum post-confinement

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Faut-il s’attendre à un baby-boum post confinement? En Indonésie, c’est le cas. Ce pays d’Asie du Sud-Est prévoit d’ores et déjà 420.000 naissances supplémentaires dans les neuf prochains mois. Mais pas forcément par choix: les mesures de confinement provoqué par la crise du covid-19 ayant notamment réduit l’accès aux moyens de contraception.

Un report des naissances

En France, si les ventes de préservatifs ont baissé – jusqu’à -26% – que celles des tests de grossesse ont bondi – de 37% – durant le confinement, selon des données du cabinet Nielsen, le planning familial a quant à lui observé au même moment une « augmentation significative » de 58% des appels concernant les interruptions volontaires de grossesse (IVG) au numéro vert « sexualités, contraception, IVG » (0800 08 11 11). Et une explosion de 330% des difficultés exprimées lors de ces appels, que cela concerne une prise en charge pour une IVG, de la désinformation par un professionnel de santé ou encore des violences conjugales.

Gilles Pison, chercheur associé à l’Ined et professeur au Muséum national d’histoire naturelle, s’attend pour sa part à une baisse des naissances l’année prochaine. Mais à une baise temporaire. « L’anxiété et les incertitudes sur l’avenir vont certainement avoir pour effet de reporter le projet d’enfant, le chômage n’est pas favorable aux naissances », analyse-t-il pour BFMTV.com.

Un demi million d’emplois ont été détruits eu premier trimestre et l’emploi salarié a chuté de 2%. Soit l’équivalent du nombre d’emplois créés depuis le début du quinquennat Macron. 

« Lors des crises économiques précédentes, dans les pays développés comme la France, le nombre d’enfants par femme ne diminue pas dans l’ensemble, poursuit le démographe. Elles font toujours autant d’enfants dans leur vie, mais plus tard. Il y aura donc certainement un rattrapage en sortie de crise. »

1,87 enfant par femme

Tout va donc dépendre de la durée de la crise et de l’importance de la hausse du chômage. En France, la fécondité est stable depuis le baby-boum d’après la Seconde Guerre mondiale, bien qu’en léger recul. Alors qu’elle était en 2014 de 2 enfants par femme, la fécondité a baissé en 2018 pour la quatrième année consécutive pour atteindre 1,87, selon l’indicateur conjoncturel de fécondité de l’Insee.

Autre donnée à prendre en compte: les politiques sociales et familiales. « Elles peuvent jouer un rôle d’amortisseur en temps de crise », remarque Gilles Pison, auteur de l’Atlas de la population mondiale. Des politiques d’aide aux familles qui peuvent atténuer les effets de la récession sur les naissances. « Elles vont avoir un rôle à jouer dans les mois qui viennent », ajoute-t-il.

Ce chercheur, qui a analysé les liens entre conjoncture économique et fécondité dans l’article Deux enfants par femme dans la France de 2010: la fécondité serait-elle insensible à la crise économique? publié par l’Ined, estime que si la fécondité française sera inévitablement touchée par les conséquences de la crise du covid-19, elle le sera plus tard et moins fortement que d’autres pays.

« C’est ce que l’on a observé lors de la récession qui a suivi la crise de 2008. En 2010, le nombre de naissances a été plus important que l’année précédente. »

Pour en revenir aux ventes de tests de grossesse, ce boum serait en réalité dû aux cycles menstruels perturbés en raison des inquiétudes liées à la crise sanitaire et du stress provoqué par le confinement. Au début du mois d’avril, 40% des femmes sondées par l’actrice Ovidie déclaraient ne pas avoir leurs règles « normalement » et 16% ne les avaient plus du tout.

Quant aux préservatifs, achetés en masse au début du confinement, ils n’ont pas toujours été utilisés comme contraceptif mais souvent pour s’équiper les doigts avant de toucher boutons de portes, ascenseurs ou digicodes.

Pas plus de craintes économiques ou sanitaires

Mais il est peut-être encore un peu tôt pour mesurer les effets du coronavirus sur la fécondité, alors que la crise économique s’annonce plus dure que prévu. Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie et des finances, a prédit « six mois très difficiles » avec une récession de 11% en 2020. Agathe Lochelongue, psychologue-naturopathe périnatale, constate pour sa part que les difficultés sanitaires et économiques n’ont pour le moment pas fait renoncer ses patientes à leur projet de grossesse.

« Si beaucoup de femmes ont été perturbées par ce confinement qu’elles ont vécu comme brutal, avec une perte de repères, elles n’ont pas davantage d’appréhensions ou de craintes », indique-t-elle à BFMTV.com.

Cette spécialiste a même reçu plusieurs « bonnes nouvelles » d’heureux événements en perspective. « J’ai un certain nombre de patientes en parcours de PMA. Elles ont hâte de pouvoir reprendre », ajoute Agathe Lochelongue. Le confinement, même s’il a perturbé le quotidien de ces couples en désir d’enfant, les auraient même plutôt conforter dans leur choix et leur vision de la parentalité.

« Les femmes qui avaient un projet de grossesse ne l’ont pas remis à plus tard. Celles qui souhaitaient un deuxième ou un troisième enfant n’y ont pas renoncé parce que le confinement aurait été difficile à vivre avec un ou plusieurs enfants en bas âge, le télétravail et l’école à la maison à assurer en même temps, même s’il y a eu des hauts et des bas. »

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