Le gouvernement était attendu de pied ferme par les organisations professionnelles du BTP. Le bâtiment est en effet l’un des secteurs ayant été le plus impacté par la crise : – 88% d’activité en avril, soit la même baisse que l’hôtellerie-restauration, alors même qu’il n’a pas fait l’objet de fermetures administratives. Les dispositifs d’urgence mis en place durant la crise ont certes porté leurs fruits, seulement 1% des chantiers de travaux publics et moins de 15% des chantiers du bâtiment étant aujourd’hui encore à l’arrêt. Mais les professionnels continuent d’alerter les pouvoirs publics sur les risques d’un effondrement du secteur. Bien conscient de ce danger, le gouvernement vient de détailler un arsenal de mesures à destination des entreprises, en marge de la présentation en Conseil des ministres du 3e projet de loi de finances rectificatif (PLFR3), ce mercredi 10 juin. Un plus vaste plan de relance économique, centré sur la construction et la rénovation thermique cette fois, suivra à la rentrée.

Des mesures pour les entreprises en difficulté…

Premier axe du plan présenté ce jour : un soutien massif à la trésorerie des entreprises en difficulté. Celles-ci pourront demander d’annuler jusqu’à 50% de leurs charges sociales, pour les mois de mars, avril et mai. Pour accompagner leur refinancement, l’Etat apportera également sa garantie sur les contrats d’assurance-crédit. Enfin, les pertes imputables à l’impôt sur les sociétés qui auraient pu être reportées sur les années à venir pourront être remboursées dès cette année. Deuxième axe : la prise en charge des surcoûts liés à la crise. Pour les marchés sur lesquels il est maître d’ouvrage, l’Etat s’engage à prendre en charge une partie de ce surcoût et à aider les collectivités à en prendre une part, sur leurs chantiers. Pour ce faire, des dotations dérogatoires pourront être accordées aux collectivités.

Enfin, le gouvernement entend soutenir l’activité et les emplois en s’assurant que les carnets de commandes des entreprises restent fournis. Comme annoncé par le Premier ministre à la fin mai, le gouvernement va ainsi porter à 1,6 milliard d’euros la dotation de soutien à l’investissement local (DSIL), pour accélérer les constructions et rénovations d’infrastructures publiques. A moyen terme, le gouvernement entend également soutenir la demande des ménages et lancera notamment une campagne de communication à la mi-juin, sur le réseau FAIRE (le service public d’information et de conseil sur la rénovation énergétique) et la nouvelle aide MaPrimeRénov, pour inciter les particuliers à relancer leurs projets de rénovation.

… avant un plan de relance centré sur les aides ?

Mais comment soutenir cette demande sur le plus long terme ? Ce sera justement le dernier étage de la fusée : l’élaboration d’un plan de relance économique global à la rentrée, après consultation des organisations professionnelles. Si le gouvernement reste encore discret à ce sujet, on sait déjà que ce plan devrait permettre un investissement public massif dans la rénovation énergétique des bâtiments. Objectif : massifier le nombre de chantiers. Le gouvernement entend ainsi surfer sur le dynamisme de MaPrimeRénov, dont les instructions de dossiers se sont poursuivies durant la crise et dont les Français semblent se saisir, depuis le début de l’année (un peu plus de 35.000 demandes de primes ont été enregistrées au 24 mai, pour un montant global de 159 millions d’euros).

Reste à savoir si l’enveloppe allouée à cette nouvelle aide sera suffisante pour alimenter les carnets de commandes… Un récent rapport de la commission des finances de l’Assemblée nationale fait état d’un sous-dimensionnement de l’aide, dont le budget initial de 390 millions d’euros serait insuffisant. Ainsi, l’objectif initial de 200.000 primes à accorder pourrait ne jamais être atteint, sans un abondement des crédits. “De notre point de vue, MaPrimeRénov se déploie comme prévu, balaie le gouvernement. Les instructions de dossiers n’ont débuté qu’en avril, on dispose donc d’assez peu de recul sur ce qui se passe vraiment. C’est extrêmement prématuré pour dresser un tel constat.”

Pas de retour à une TVA à 5,5%

De leur côté, les fédérations de professionnels commencent déjà à mettre la pression, en amont de concertations qui s’annoncent une nouvelle fois animées… “Un plan de relance sectoriel doit reposer sur trois principes : l’équilibre des territoires, la rénovation énergétique et une politique de l’offre qui doit concerner l’ensemble de la filière : neuf et ancien”, a déclaré le patron de la Fnaim, Jean-Marc Torrollion, dès la fin du Conseil des ministres du jour. La Fnaim propose, entre autres, d’étendre le dispositif Denormandie dans l’ancien à toutes les villes (il ne concerne pour l’heure que 245 villes), de refaire du Prêt à Taux zéro l’apport principal des primo-accédants, ou encore de doubler le plafond des déficits fonciers imputables sur le revenu, lorsque le montant des travaux est composé pour 40% de montant de travaux d’économie d’énergie.

Le gouvernement accèdera-t-il à ces demandes, qui constituent pour certaines de véritables marottes ? Il a en tout cas quasiment exclu de revenir à une TVA à 5,5% sur tous les travaux, comme le demandait la Fédération française du bâtiment. “La baisse de TVA a déjà été expérimentée par le passé et n’a pas produit les effets attendus, fait-on savoir à Bercy. Nous préférons continuer de flécher les aides vers les travaux qui répondent de manière plus ciblée aux objectifs de politiques publiques, telles que la rénovation thermique des bâtiments.”