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Violences policières : Comment la jeunesse se mobilise massivement sur les réseaux sociaux

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Pas de justice ! Pas de paix ! » A Porte de Clichy, c’est en boucle qu’a résonné ce slogan, inlassablement cette soirée du mardi 2 juin. A l’appel du comité pour Adama, des milliers de personnes se sont rassemblées devant le Tribunal de Justice de Paris dans le XVIII arrondissement de la capitale pour réclamer « Justice pour Adama ! ».

Au point de rendez-vous, noir de monde avant l’heure prévue du début du rassemblement, une nuée de masques chirurgicaux derrière lesquels sont distinguables une grande majorité de jeunes, voire d’adolescents. Venus seuls, en groupe d’amis, en famille ou en couple, ils ont été nombreux à s’être déplacés jusqu’au Tribunal de Paris.

Bien que le rassemblement ait été interdit à quelques heures de l’événement par la préfecture de police de Paris, il y avait près de 20.000 personnes selon la préfecture, entre 80.000 et 100.000 selon les organisateurs. Ailleurs en France, d’autres rassemblements réunissant quelques milliers de personnes ont eu lieu le même jour à Lille et à Lyon, puis jeudi à Toulouse.

Des centaines de milliers de tweets

« Sans vous mentir je suis pas mal énervée, pas mal attristée par ce qui se passe que ça soit aux Etats-Unis ou en France », a publié en story Instagram le lendemain de la marche l’influenceuse Paola Locatelli, 16 ans, qui comme de nombreux jeunes était venue avec des amis. « J’ai adoré, on était tous ensemble, unis, pour la même cause, contre le racisme. Justice pour Adama, justice pour toutes les personnes qui sont mortes à cause de leur couleur de peau et de violence policières. Je suis super fière de nous, même ceux qui n’étaient pas là, tant que vous êtes impliqués et que vous sensibilisez un maximum de personnes, c’est le principal. »

« Sensibilisez un maximum de personnes. » Alors que la réouverture des terrasses à Paris fait les gros titres en début de semaine, c’est justement ce dont s’est chargée la génération Z, en s’emparant des réseaux sociaux pour les inonder de messages militants. Plusieurs jours avant le 2 juin, le hashtag #BlackLivesMatter, « La vie des Noirs compte », était déjà en tendance Twitter en France depuis la mort de George Floyd le 25 mai dernier, un homme noir asphyxié par la police lors de son arrestation à Minneapolis.

Le jour même de la marche, en plus du hashtag miliant, les mots-clés en vogue étaient Assa Traoré, #JusticePourAdama et même Porte de Clichy, le lieu du rassemblement, qui cumulaient à eux tous des centaines de milliers de tweets.

Quatre ans après la mort d’Adama Traoré, un homme noir de 24 ans, sur le sol de la caserne de Persan (Val-d’Oise) à la suite d’une violente interpellation par des gendarmes, et quatre jours après la révélation d’une expertise médicale exonérant la responsabilité des militaires dans son décès, c’est la publication d’une nouvelle contre-expertise indépendante, contredisant cette dernière, qui était à l’origine de ce rassemblement.

« Tout se passe sur les réseaux maintenant, Assa Traoré est extrêmement suivie » explique Rokhaya Diallo, journaliste, auteure et réalisatrice. « Les réseaux sociaux ont participé à changer la donne. On a désormais une attention portée sur un sujet qui n’en était pas un. L’affaire Adama était considérée comme un fait divers. Aujourd’hui, c’est un vrai sujet de société. »

Des jeunes concernés par le sujet

Un appel à manifester et des revendications contre les violences policières portés par les plus jeunes, dont certains assistaient à leur première manifestation. « Ce n’est jamais une seule affaire qui mobilise, c’est toujours le contexte », rappelle Sihame Assbague, militante antiraciste et féministe. Pour elle, le contexte américain concernant la mort de George Floyd est évidemment crucial, tout comme celui des quartiers où de nombreuses vidéos dénonçant la violence policière ont été partagées sur les réseaux sociaux durant le confinement.

« Il y avait beaucoup de jeunes, non blancs, venus des quartiers en famille ou en bande et pour eux, les violences policières sous toutes leurs formes, comme il l’a été démontré avec les contrôles au faciès, font partie de leur paysage quotidien. » Le mode diffusion, taillé sur mesure pour des populations aussi jeunes, explique aussi selon elle la tranche d’âge des manifestants. « Tout est passé par les réseaux, par des personnalités. Elle[N.D.L.R. : la tranche d’âge] correspond à la manière dont cet appel a été diffusé, hors des canaux de diffusion classiques des manifestations, notamment les réseaux militants. C’est plutôt devenu viral sur Instagram, Snapchat, Twitter… »

Après quatre ans de combat judiciaire, la quête de justice d’Assa Traoré connaît aujourd’hui un gain soudain de soutiens, boostée par des jeunes qui affirment publiquement une opinion politique sur un sujet sensible. « Cette génération a une meilleure compréhension du monde et moins de déni que les précédentes. C’est très impressionnant, il y a une vraie volonté d’agir », observe Rokhaya Diallo.

Une conscience politique ?

Pour Arnaud Mercier, professeur en Information-Communication à l’Institut Français de presse, il est logique que cette population se soit emparée des réseaux comme canal d’action principal, en indépendance totale des canaux traditionnels comme les syndicats, les partis politiques et autres associations antiracistes historiques. « Dans le modèle français républicain, il y a un refus a priori de ce qui serait de l’ordre de la mobilisation communautaire. Au sein de la gauche même, il y a des tensions énormes. Les nouvelles causes, comme les revendications postcoloniales, posent débat. Une fracture idéologique existe. »

« Toutes les personnes qui sont là aujourd’hui, vous êtes entrées dans l’histoire. Vous pourrez dire que vous avez participé à un renversement (…). Ce n’est que le début. Nous avons fait un appel en quelques jours. La prochaine fois, ce sera beaucoup plus organisé. » Prononcés au rassemblement, les mots d’Assa Traoré ont été acclamés par la foule. Mais s’agit-il vraiment d’un mouvement appelé à perdurer dans le temps ? « C’est un mouvement qui dans sa spontanéité repose sur des affects, un sentiment très fort d’indignation mais qui n’est pas forcément lié à une conscience politique très forte et élaborée, contrairement aux organisations syndicales classiques. Mais il peut justement aider à en créer une», continue Arnaud Mercier.

Deux rassemblements en hommage à George Floyd prévus samedi devant l’ambassade des Etats-Unis par d’autres collectifs antiracistes ont été au final eux aussi interdits par la Préfecture de Police de Paris.

Source 20munite

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