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Coronavirus: au Yémen, la lutte contre la pandémie entravée par la guerre

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L’Arabie saoudite et les Nations Unies organisent ce mardi 2 juin une conférence de donateurs pour le Yémen. La semaine dernière, l’ONU lançait un signal d’alerte pour réunir d’urgence des fonds. Le but est notamment de lutter contre la propagation du coronavirus aux côtés d’autres maladies.

Le Yémen n’est pas épargné par le virus. Le Covid-19 se propage actuellement dans un pays ravagé par plus de cinq ans de guerre. La population a déjà subi nombre d’épidémies. En plus du Covid-19, d’autres maladies telles que le choléra la dengue ou le chikungunya continuent de sévir au sein de familles affaiblies par la malnutrition et la pauvreté. La propagation de ces maladies a été amplifiée par d’importantes inondations en avril dernier alors que le système sanitaire est en ruines.

« J’ai contracté le chikungunya il y a 10 jours. C’est une maladie très grave qui touche les poumons. Je n’ai trouvé aucun médecin qui puisse me soigner, témoigne Najibah Najar. Cette membre active de la société civile vit à Aden dans le sud du pays. Elle s’est finalement tournée vers les réseaux sociaux pour trouver de l’aide. « J’ai ainsi pu joindre un médecin qui m’a donné des médicaments. Mais moi j’ai accès aux réseaux sociaux, j’ai les moyens de me débrouiller. Ce n’est pas le cas pour tout le monde. Les hôpitaux sont tous fermés, il n’y a que deux hôpitaux privés qui gèrent les cas de Covid-19 mais ils ignorent complètement les autres maladies. »

De nombreux acteurs humanitaires ont alerté ces dernières semaines sur la propagation du coronavirus dans le pays, affirmant en voir les signes concrets et les morts se multiplier, mais aucune donnée exacte n’est disponible. Certains accusent les différents acteurs du conflit d’étouffer la réalité sanitaire pour donner une impression de contrôle. Ce flou ne fait que complexifier l’organisation de la lutte contre le Covid-19.

« Nous faisons ce que nous pouvons pour aider les autorités du Nord et du Sud du Yémen pour leur permettre d’améliorer leur capacité hospitalière, explique Lise Grande, coordinatrice humanitaire des Nations unies dans le pays. Mais nous avons besoin d’analyser qui a besoin d’aide, qui sera un bon partenaire afin d’être certains que l’aide arrivera à ceux qui en ont le plus besoin, peu importe qui ils sont ou qui ils soutiennent politiquement. Dans un contexte de guerre, une guerre aussi terrible et dévastatrice, c’est un vrai défi. »

Ces difficultés dans l’acheminement de l’aide internationale jusqu’au bénéficiaire ne sont pas nouvelles, même si elles sont plus saillantes encore à l’heure du Covid-19. Les Nations unies ont lancé un signal d’alarme la semaine dernière, appelant à la mobilisation des donateurs conviés à la conférence de ce mardi 2 juin.

Avant même l’épidémie, les caisses étaient déjà vides. « Sur les 41 principaux programmes des Nations unies, 31 sont soit déjà fermés soit sur le point de l’être, précise Lise Grande. Si nous ne recevons pas les financements que nous avons demandés, des centres de santés vont être fermés, des programmes d’assainissement de l’eau vont être fermés. » Les Nations unies participaient également à la rémunération des personnels de santé qui, comme beaucoup de fonctionnaires, ne touchent plus leur salaire yéménite. Une semaine avant l’annonce du premier cas de Covid-19, l’ONU a annoncé être obligée de mettre fin à ses versements d’argents faute de moyens.

Une réponse humanitaire d’urgence ne suffit pas

Parmi les donateurs, se trouve l’Arabie saoudite, organisatrice de la collecte actuelle mais aussi actrice dans le conflit puisqu’elle soutient les forces loyalistes du président Mansour Hadi. Cette double casquette symbolise bien l’hypocrisie de la situation aux yeux de Radhya al-Mutawakel. Pour cette militante yéménite des droits humains basée à Sanaa, Riyad pourrait faire beaucoup plus. En effet, une réponse d’urgence humanitaire n’a de sens à ses yeux que si de réels efforts politiques sont engagés pour arrêter la guerre. « La situation a encore empiré avec le Covid-19, mais aucun acteur du conflit n’a réellement essayé d’y mettre fin, accuse-t-elle. Il y a toujours beaucoup d’affrontements à différents niveaux. Ce n’est pas uniquement un conflit intra-yéménite. C’est aussi une guerre par procuration entre l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Iran. À un autre niveau, c’est une compétition très dure entre les Saoudiens et les Émiriens. Aujourd’hui, les affrontements qui se passent dans le Sud opposent les forces loyales à l’Arabie saoudite à celles loyales aux Émirats arabes unis. »

En effet, sur le terrain, le nombre d’entités opposées a augmenté ces derniers mois. Depuis cinq ans, s’opposaient les forces rebelles houthies soutenues par l’Iran (au Nord) aux forces loyales au président Hadi soutenues par la coalition menée par Arabie saoudite (au Sud). Mais fin avril dernier, les forces séparatistes du Conseil de transition du Sud ont déclaré l’autonomie d’une partie du sud du pays, brisant ainsi leur alliance avec les forces gouvernementales. Face à cette nouvelle division, le Yémen s’éloigne un peu plus encore d’un hypothétique accord de paix.

« Il y a un accord général sur la constitution d’un gouvernement de transition dont les Houthis contrôleraient un certain pourcentage, rappelle Elana Delozier, spécialiste du Yémen au centre de recherche du Washington Institute for Near East Policy. Mais récemment, ce qui a changé un peu les choses, c’est que les Houthis ont fait des avancées militaires. Ils ont conquis des territoires, ce qui leur a donné une influence supplémentaire qui déplaît aux autres acteurs. Et dans le Sud, bien sûr, le conflit entre le gouvernement Hadi et le Conseil de transition du Sud n’aide en rien. Cela crée une division au sein de la coalition qui est censée être unie contre les Houthis. »

Alors que les déchirements politiques et militaires continuent, les habitants dénoncent, eux, une situation économique qui plonge chaque jour un peu plus le pays dans le marasme. Les prix des biens de première nécessité ont flambé. Les manifestations pour réclamer des salaires et l’accès à l’eau et l’électricité sont systématiquement réprimées.

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