INTERNATIONAL Populisme et pandémie : le choc brésilien

Populisme et pandémie : le choc brésilien

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Au Brésil, en pleine pandémie de Covid-19, le président populiste Jair Bolsonaro refuse de sacrifier l’économie sur l’autel de la santé publique. Avec ses partisans, il dénonce « la dictature du coronavirus » et minimise la crise. Les autorités locales ont donc pris les devants et adopté des mesures de confinement contre l’avis du président. Même dans les favelas surpeuplées, les habitants de mobilisent. Alors que 13 millions de personnes habitent ces quartiers populaires, la menace d’une catastrophe sanitaire est réelle. Enquête de nos reporters au Brésil.

Depuis que la pandémie de Covid-19 a atteint le Brésil, le président d’extrême droite Jair Bolsonaro ne cesse de minimiser ce qu’il considère comme une « petite grippe », dénonçant l’ »hystérie » des médias et  méprisant ouvertement les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme les alertes de son propre ministre de la Santé, dont il s’est débarrassé le 16 avril dernier, en pleine crise sanitaire.

Tandis qu’une partie de la population s’est rangée du côté du président, plusieurs grands entrepreneurs encouragent les Brésiliens à continuer de travailler pour sauver l’économie du pays.

Mais face à la menace, les gouverneurs des 26 États du pays ont pris les devants et adopté des mesures de protection locales. Dans l’Etat de Rio de Janeiro, l’un des plus touchés par la pandémie, le gouverneur Wilson Witzel a imposé un confinement dès la mi-mars. Une véritable opération de guerre s’est mise en place à Rio : huit hôpitaux de campagne sont en cours de construction, en vue du pic de Covid-19 prévu pour la fin du mois de mai.

De son côté, Jair Bolsonaro appelle au « retour à la normalité », à la réouverture des commerces et poste régulièrement des vidéos de ses promenades dominicales sur ses réseaux sociaux, dans lesquelles il part à la rencontre de ses supporters ou des vendeurs de rues de Brasilia.

Corona et favela, la nouvelle guerre

De nombreux habitants de Rio plaident pourtant pour un confinement discipliné… Dans les favelas surpeuplées, la plupart des maisons ne comptent qu’une seule pièce pour cinq à huit personnes et n’ont pas toujours accès à l’eau courante. Alors que de premiers cas y ont été détectés, la seule présence visible des autorités est la compagnie d’assainissement de la ville, qui nettoie au karcher les voies principales. Une mesure qui semble dérisoire face à l’ampleur du problème.

Ana Paula, vendeuse ambulante sur la plage et mère de deux enfants dans la favela de Babilonia, n’a ni savon ni alcool pour garantir la protection de ses enfants. Elle ne peut compter que sur l’aide de Rafael Rodrigues, président de l’association des habitants, qui récolte des dons avec les jeunes volontaires de la favela pour distribuer des paniers de première nécessité. Andrea s’apprête à recevoir l’aide enfin votée par le Congrès : 110 euros par personne pendant trois mois. Mais sans compte bancaire, toucher cette aide est un parcours du combattant…

Alors que l’absence de l’État se fait criante dans les favelas, certains chefs de gangs prennent les choses en main et veillent au respect des règles de distanciation et d’hygiène dans leur communauté. La guerre, ils la connaissent. Mais cette fois-ci, l’ennemi est invisible. Le célèbre Terceiro Comando, l’une des plus puissantes factions du pays, a même décidé d’imposer un couvre-feu. Ses membres expliquent qu’ils ont mis en place des restrictions de circulation dans l’une des plus grandes favelas de la ville.

À Paraisópolis, la plus grande favela de São Paulo, Gilson, le président de l’association des habitants, a trouvé la solution : l’argent économisé de l’association va servir à embaucher une équipe de médecins, d’infirmiers et d’ambulanciers libéraux à plein temps pour soigner les malades et les emmener vers l’hôpital le plus proche en cas de problème respiratoire grave. Pas de quoi acheter un respirateur, mais c’est la seule solution, selon Gilson : « La débrouille est notre mot d’ordre dans la favela. Le président nous considère comme du bétail, bon à crever, alors l’union doit faire la force ! »

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