SCIENCE Quand internet nous rend cons comme des crevettes congelées

Quand internet nous rend cons comme des crevettes congelées

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Jamais, durant ces deux mois de confinement, nous n’avons autant été bombardés de conseils édictés par les nouveaux gourous du net. On a eu droit à tout, absolument à tout.

La totale, dans son intégralité, in extenso, en version originale sous-titrée, du désormais traditionnel «Comment parler à vos moutards du pourquoi du comment de la crise actuelle» –terrorisme, pandémie, Dieu et ses prophètes, mamie et ses hémorroïdes, le climat et ses changements– à «la meilleure façon de cuire son (putain de) pain au levain» –au four, c’est mieux.

Sans oublier les innombrables pourquoi: pourquoi vous baisez moins quand vous êtes confinés à l’intérieur de vous-mêmes? Pourquoi les Suédois n’ont-ils pas forcément raison d’avoir tort avant tout le monde? Pourquoi mélanger de la chloroquine avec du Fanta Orange n’est pas a priori une bonne idée? Pourquoi se mettre au violon en étant confiné pourrait permettre de résoudre le problème de la faim dans le monde? Pourquoi les veufs bretons sont-ils moins susceptibles d’attraper le coronavirus que les veuves qui habitent dans la périphérie de Nice?

Ce qu’il convient de lire pour comprendre ce qui nous arrive. Ce qu’il faut éviter de manger. Les films à voir absolument. Les aliments à privilégier. La stratégie à adopter face à une fuite d’eau pendant une épidémie de Covid-19. Le sommeil! Comment bien dormir quand vous n’avez plus rien à foutre dans votre vie de merde? Comment ajuster le débit de son robinet d’eau pour ne pas abîmer de trop la peau de vos paumes de mains? Comment porter un masque quand vous descendez les poubelles par une nuit de pleine lune? Comment s’occuper de votre voiture si vous l’avez laissée face à un voisin dont la femme travaille à la maison de retraite où agonise la tante de votre belle-mère qui vous fait la gueule depuis que vous avez refusé d’envoyer vos enfants dormir chez elle?

Tout, on a eu le droit à tout, je vous dis.

Comme si, devenus tout à coup cons comme des crevettes –je m’inclus dans le troupeau–, nous avions perdu toute capacité réflexive. Comme si désormais, par les temps qui courent, la moindre de nos initiatives devait être avalisée, confirmée, approuvée par un passage sur internet. Hors le net, point de salut.

Comme si penser par soi-même était devenu une activité illégale et jugée répréhensible par l’ensemble de la société. Ne pense plus, gamin, on s’occupe de tout. De tes courses comme de tes amours. De ton portefeuille, de l’éducation de tes mômes, de tes choix culturels, de tes plats à cuisiner, de ta queue et de tes rides, de tes prochaines vacances comme de la forme de ton cercueil.

À ce rythme là, nous serons bientôt tous trépanés. En mort cérébrale. Tout juste bons à ouvrir un ordinateur pour savoir quoi et comment penser. Incapables de se reposer sur notre seule intelligence pour affronter les défis qui se présentent à nous. À se demander pourquoi nous avons hérité d’un cerveau si perfectionné; celui d’un crapaud ferait tout aussi bien l’affaire.

Nous ne sommes plus au monde, nous avons délégué la plupart de nos activités, de nos centres d’intérêt, de notre manière d’exister à des tierces parties dont le niveau intellectuel pose question.

Au moindre problème, à la première contrariété, on s’adresse à internet comme autrefois au curé du village et sans même juger de la pertinence du résultat obtenu, on l’adopte comme s’il s’agissait d’un saint sacrement.

Notre intuition, sur laquelle notre intelligence et notre capacité d’adaptation étaient basées, a comme disparu. Nous avons perdu confiance en notre pouvoir de juger par nous-même les drames qui nous arrivent et pour survivre, il nous faut désormais recourir à des béquilles vendues en nombre illimité sur le net.

Il faut réapprendre à vivre par soi-même, quitte à se tromper.

Sinon, nous finirons tous comme larbins d’un maréchal vieillissant, qui du haut de son piédestal nous demandera de mourir pour une bonne cause: la sienne.

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