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RD Congo : le coronavirus met les prisons sous tension

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Face au risque d’une propagation massive dans les prisons, le gouvernement veut libérer des prisonniers. Le nom de Vital Kamerhe, circule avec insistance.

Promiscuité, insalubrité, surpeuplement et état de vétusté avancé : ce sont les mots qui reviennent le plus souvent pour décrire les prisons congolaises. À cela s’ajoute, actuellement, la pandémie du coronavirus qui a élu domicile dans les principaux milieux carcéraux de Kinshasa la capitale, menaçant ainsi la vie et la santé des prisonniers.

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Le coronavirus arrive en prison

La pandémie du Covid-19 commence à prendre des allures inquiétantes en République démocratique du Congo. Le pays tend petit à petit vers le pic de la pandémie. Le bulletin journalier du mercredi 6 mai sur la situation épidémiologique rapporte 66 nouveaux cas confirmés en 24 heures. Ce qui porte le total cumulé depuis le 10 mars 2020, date à laquelle le premier cas a été détecté dans le pays à 863 cas confirmés, 36 décès et 103 guéris.

Cependant, la grande nouveauté et inquiétude de cette propagation exponentielle du Covid-19 en RDC, ce sont les contaminations en milieux carcéraux, en l’occurrence à la prison militaire de Ndolo. En effet « 101 détenus ont été diagnostiqués positifs au Covid-19, dont 92 cas déclarés bénins ou légers et 3 cas sont pris en charge en dehors de ce centre pénitentiaire, en milieux hospitaliers », rapportait l’équipe de riposte dirigée par le professeur Jean-Jacques Muyembe, le mardi 5 mai dernier. La prison de Ndolo située au nord de Kinshasa a été construite pendant la période coloniale avec une capacité de 500 personnes, mais elle compte actuellement au moins 1 900 à 2 000 prisonniers. Cette situation est dénoncée par les organisations des droits de l’homme, dont l’organisation américaine Human Rights Watch, qui dit craindre l’hécatombe si des mesures drastiques ne sont pas prises. « Les prisons surpeuplées et insalubres de la RDC présentent un grave risque de propagation de l’épidémie de Covid-19, menaçant la santé et la vie des détenus, des gardiens et de la population en général. »

Actuellement, 7 provinces sur 26 que compte la RDC sont touchées par l’épidémie. Kinshasa (environ 12 millions d’habitants) reste l’épicentre de l’épidémie avec 810 cas et la totalité des décès. Mais aucun cas n’a été détecté à la tristement célèbre prison centrale de Makala, situé dans la commune de Selembao dans le centre-ouest de Kinshasa et qui héberge au moins 9 000 détenus, a déclaré le ministre de la Justice, Célestin Tunda Ya Kasende.

Vers le désengorgement des prisons…

Pour limiter la propagation de la pandémie dans les milieux carcéraux, le gouvernement congolais a décidé après le conseil des ministres tenu en visioconférence le lundi, le désengorgement afin de libérer des prisonniers qui sont détenus provisoirement, ou qui seraient condamnés à des peines légères : « Parmi les pistes explorées, il y a la voie de libération conditionnelle, de liberté provisoire à accorder aux personnes privées de liberté, mais ne présentant aucun risque à l’instar du directeur de cabinet du chef de l’État, ainsi que les personnes condamnées à des peines mineures. La possibilité pour le président de la République d’user de son droit de grâce a été également évoquée le tout sous les observations exigeantes du ministre des Droits humains rappelant les recommandations des instances internationales à ce sujet. » Ainsi, le ministre de la Justice a été instruit, selon ledit compte rendu, de prendre immédiatement, en concertation avec le ministre des Droits humains, les mesures de désengorgement urgent des prisons avec le concours des services judiciaires compétents.

Le gouvernement accusé d’immixtion

Des organisations de défense des droits de l’homme et des mouvements citoyens ont déploré le fait que « certains noms de détenus aient été mentionnés » dans le compte rendu à l’issue du conseil des ministres, présidé par le président Félix Tshisekedi en vidéoconférence. À cet effet, ces organisations demandent la création d’une commission pour examiner les cas des condamnés et des détenus. » À en croire l’Association congolaise pour l’accès à la justice (Acaj), cette commission devra respecter le principe de l’égalité des chances des détenus afin de prévenir toute discrimination, et ce, en application des articles 12 et 13 de la Constitution : « Les cas concernant les condamnés ou détenus pour des faits de meurtre, assassinat, corruption, détournement de deniers publics, blanchiment des capitaux, violences sexuelles, crimes contre l’humanité, crime de guerre, crime de génocide, devront être traités avec une extrême précaution pour éviter de choquer ou révolter l’opinion publique », précise l’Acaj dans un communiqué du 6 mai.

Pour rappel, le dernier compte rendu du conseil des ministres avait nommément cité le nom du directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi, Vital Kamerhe arrêté le 8 avril dernier, puis placé en détention provisoire à la prison de Makala. Le 11 avril, la Chambre de conseil du tribunal de Kinshasa/Matete a prolongé sa détention de 15 jours. Cependant, à l’expiration de ce délai de détention, et alors que les avocats de Kamerhe s’apprêtaient à faire une nouvelle demande de libération provisoire de leur client, le procureur général près la Cour d’appel de Kinshasa/Matete, Kisula Betika Yeye Adler, a décidé d’inculper Kamerhe, transférant son dossier auprès du tribunal de Kinshasa/Gombe, où le directeur de cabinet de Félix Tshisekedi attend son procès le 11 mai prochain.

Gloria Nsenga, coordinatrice du mouvement citoyen Vigilance citoyenne (VICI) exprime son indignation : « Depuis quand un Conseil des ministres peut décider de la mise en liberté provisoire d’un directeur de cabinet d’un président ? Doit-on en conclure que l’affaire Vital Kamerhe était une aventure ? »

D’autres voix s’élèvent demandant la liberté provisoire des « prisonniers de l’ancien régime ». Christian Bosembe, journaliste et proche de l’UDPS, parti du président Tshisekedi, enfonce le clou en exigeant la libération du colonel Eddy Kepend, chef d’état-major et témoin clé dans l’assassinat du président Laurent-Désiré Kabila (1997-2001) et père de l’ex-président Joseph Kabila (2001-2019), détenu à la prison de Makala depuis deux décennies : « Nous prions le gouvernement congolais de bien vouloir considérer le fait que si on accorde à monsieur Vital Kamerhe la liberté provisoire en raison du désengorgement des prisons, nous ne voyons pas pourquoi le colonel Eddy Kapend serait encore maintenu à la prison de Makala, où il croupit depuis déjà deux décennies. » Et d’« exhorter le gouvernement à ne pas tomber dans la compromission et le favoritisme sur ce dossier ».

Rien est joué

Toutefois, une libération de Vital Kamerhe n’est qu’hypothétique. Ses proches ne cessent de réclamer un procès public et retransmis à la télévision nationale pour que la « vérité éclate au grand jour ». Jules Awazi, militant de l’UNC, parti de l’ancien président de l’Assemblée nationale, signe et persiste : « Toute notre attention est focalisée sur le procès du 11 mai et le reste est une pure distraction. Et nous avons lancé une pétition en ligne et avons même déjà recueilli des signatures afin que ledit procès soit public et retransmis à la télévision nationale car notre champion va éventrer le boa. »

Enfin, les prisons principales de la RD Congo affichent un taux de surcapacité de 432 %, selon le dernier rapport du 17 avril 2020 de l’organisation américaine des droits de l’homme Human Rights Watch : « Ce qui les classe parmi les prisons les plus surpeuplées du monde. » Les établissements pénitentiaires de Goma et Uvira, dans l’est du pays, sont à plus de 600 % de leur capacité tandis que la prison centrale de Makala, à Kinshasa l’est à 461 %. Les détenus y sont entassés par centaines en cellules collectives et sans lits. 71 % des détenus n’ont pas été reconnus coupables d’un crime ou sont toujours en attente d’un procès. C’est ainsi que les avocats et proches du directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi alertent ces derniers jours sur « la dégradation de l’état de santé » de Vital Kamerhe. Une ambulance médicale est déjà affectée à cette prison au cas où…

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