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À Brest, on teste le respirateur conçu par des geeks

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VIDÉO. À Brest, le chef du service de réanimation du CHRU teste le respirateur libre de droits initié par un collectif nantais.

Franchir la porte du bureau d’Erwan L’Her, c’est pénétrer dans l’antre d’un Géotrouvetou en blouse blanche. Dans le bureau du chef du service de réanimation au CHRU de Brest, on croise des pièces de matériel médical imprimé en 3D, des têtes de mannequin, ou encore un poumon mécanique simulateur de patient, machine plus austère que ne le laisse supposer sa fonction, puisqu’il s’agit d’un cube de métal gris qui ronronne quand on le branche. Le médecin breton travaille en ce moment à l’élaboration du dossier d’homologation du MakAir, ce respirateur à bas coût conçu à toute vitesse par un collectif de geeks nantais aidés d’universitaires et de médecins. L’un des premiers prototypes de MakAir est là, par terre, prêt à porter secours au simulateur de patient.

Ce respirateur participatif, qui ressemble à un gros ordinateur de bureau, est un appareil rustique, robuste, pas cher et sans fioritures. « Il y a le minimum, mais il y a tout le minimum nécessaire », explique Erwan L’Her, qui vante les qualités de cet appareil conçu en un temps record : quatre semaines entre l’idée et le dépôt de dossier d’homologation, un exploit. Sur ce coup-là, les pouvoirs publics ont clairement joué le jeu : l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a mis en place une procédure d’homologation éclair, la région Auvergne-Rhône-Alpes a financé la fabrication des prototypes et le commissariat à l’énergie atomique a donné un coup de main en invitant les concepteurs du projet sur leur site. Il paraît que le courant est tout de suite passé entre les startupeurs venus avec leur système de soin et les ingénieurs de recherche, habitués à un environnement plus formel.

Évaluations excellentes

Le monde hospitalier a dû combattre son propre scepticisme. Si Erwan L’Her, spécialiste des ventilateurs médicaux en France, n’a pas hésité à apporter son aide, il sait que certains médecins restent dubitatifs à l’idée qu’une bande de geeks totalement hors du milieu médical soit capable de concevoir un respirateur opérationnel en quatre semaines et d’en publier les plans sans chercher à en tirer le moindre euro… « Beaucoup de mes confrères n’y croyaient pas, mais le résultat est là, les premiers prototypes fonctionnent », se réjouit le médecin chargé des premiers tests. « Les évaluations sont excellentes, la machine se comporte parfaitement avec le simulateur de patient. »

1 000 euros

Se préparer au pire, espérer le meilleur. La vague des hospitalisations en réanimation n’a pas dépassé le nombre de respirateurs disponibles, MakAir n’entrera donc pas massivement en service dans les prochains jours. Mais le projet continue. Une cinquantaine de machines fabriquées en salle blanche et passées par le banc d’essai attendent le feu vert de l’ANSM pour être branchées sur des patients volontaires. À terme, n’importe quel établissement hospitalier dans le monde sera capable de produire lui-même la machine MakAir, à l’aide d’imprimantes 3D et de composants électroniques courants. Pour un coût dérisoire : environ 1 000 euros. Sur un marché où les machines peuvent coûter jusqu’à 45 000 euros, c’est plus que raisonnable : « Cela ne signifie pas que les industriels du marché sont des truands. Cela signifie que la machine offre moins de possibilités de réglage. Elle est parfaite pour des situations d’urgence massive comme une épidémie, mais elle ne peut, pour le moment, pas être utilisée au quotidien dans un service de réanimation », prévient le réanimateur, qui se garde de tout triomphalisme : « Les tests sur des patients sont un moment important. Même si les choses se présentent bien, le risque n’est jamais nul. » Si tout se passe comme prévu, les tests sur vrai patient pourraient débuter dans quelques jours.

Homologation

C’est le propre des crises : elles bouleversent les habitudes et rendent possible ce qui ne l’était pas la veille. Ainsi, l’innovation « frugale » oblige à se débrouiller, à bricoler, à inventer, à détourner, à fabriquer soi-même. « Il y aura un avant et un après Covid », explique Erwan L’Her. Dans son bureau, on retrouve ces inventions récentes qui ont changé la vie des soignants pendant la crise : le fameux masque de plongée Décathlon et de multiples modèles de valves pour oxygéner un patient en détresse respiratoire ou protéger un soignant, des visières transparentes imprimées en 3D et fabriquées par l’usine Bic de Redon, ou encore des surblouses fabriquées en catastrophe par Chrystal Plastic, une entreprise du nord de la France normalement spécialisée dans les emballages. Pendant que les industriels détournent leurs lignes de production, les chercheurs détournent des objets de la vie courante : « On a récemment développé un dispositif capable de mesurer le volume pulmonaire d’un patient en utilisant un module de Xbox ! » explique le chef du service de réanimation, qui est aussi membre d’une équipe de recherche de l’Inserm. À défaut de pétrole, on a toujours des idées.

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